Il décrit son site, l'IA le construit : 400 M$ levés
La startup suédoise double sa valorisation en huit mois et dépasse 13 milliards. 60 millions de projets créés en moins de deux ans.
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Vous décrivez le site ou l’application dont vous avez besoin, en français courant, comme vous l’expliqueriez à un prestataire. L’outil le construit, le met en ligne, et vous le modifiez en continuant à discuter avec lui. C’est le produit de Lovable, startup suédoise fondée à Stockholm en novembre 2024 par Anton Osika et Fabian Hedin, qui vient de lever 400 millions de dollars.
La valorisation qui accompagne ce tour donne le vertige : 13,3 milliards de dollars, contre 6,6 milliards en décembre dernier. Le double, en huit mois. Le tour est mené par Menlo Ventures et le Scaleup Europe Fund, avec une liste d’investisseurs qui dit l’appétit du marché : Tencent, Balderton Capital, Carmignac, World Innovation Lab, Kaszek Ventures, aux côtés des historiques Accel, CapitalG, DST Global, HubSpot Ventures et Salesforce Ventures.
Les chiffres derrière l’emballement
Ce ne sont pas les promesses qui portent cette valorisation, ce sont les compteurs. Plus de 60 millions de projets ont été créés sur la plateforme depuis le lancement. Les applications qui en sortent cumulent 900 millions de visites par mois. Et le revenu annuel récurrent a franchi les 500 millions de dollars en juin, avec une trajectoire qui l’amène vers 600 millions fin août.
Autrement dit : une entreprise de moins de deux ans, qui vise 450 salariés d’ici la fin de l’année, gagne par employé ce que très peu d’éditeurs de logiciels installés peuvent afficher. Parmi ses clients cités : Adidas, Nvidia, Deutsche Telekom, Zendesk.
Un marché entier, pas un produit isolé
Lovable n’est pas seul, et c’est ce qui rend le mouvement significatif. Ce qu’on appelle le « vibe coding », construire un logiciel en le décrivant plutôt qu’en l’écrivant, est devenu une catégorie à part entière : le marché est estimé à 4,7 milliards de dollars en 2026, avec des projections autour de 12 milliards pour 2027.
Les concurrents vont aussi vite. Cursor, orienté développeurs, a dépassé 2 milliards de dollars de revenus annualisés en mars — et vient de lancer sa propre plateforme d’hébergement de code après son rachat par SpaceX. Replit a levé 400 millions à une valorisation de 9 milliards. Bolt.new a atteint 40 millions de revenu annuel en cinq mois avec plus de 5 millions d’utilisateurs. V0, l’outil de Vercel, s’est spécialisé sur la génération d’interfaces.
Chacun vise un public légèrement différent, et c’est là que se joue la partie : Cursor pour ceux qui codent déjà, Lovable et Bolt pour ceux qui ne codent pas du tout.
Faut-il s’y mettre ?
Le vibe coding a cessé d’être une démonstration de salon. C’est un marché qui grossit à une vitesse qu’on voit rarement, porté par des gens qui n’auraient jamais eu l’idée de recruter un développeur.
Si vous avez déjà repoussé une idée de site, de boutique en ligne ou d’outil interne parce qu’il aurait fallu trouver quelqu’un, chiffrer, attendre trois mois et payer plusieurs milliers d’euros, c’est exactement ce verrou-là que ces outils font sauter. Un formulaire de réservation, un catalogue produits, un tableau de bord pour suivre vos chiffres : ce sont des soirées de travail, pas des projets.
La version gratuite de Lovable suffit à se faire une idée. La bonne façon de tester n’est pas de commencer par l’idée la plus ambitieuse, mais par le petit outil agaçant que vous bricolez depuis des mois dans un tableur.
Deux réserves, pour être honnête. Ces plateformes produisent très vite quelque chose qui marche, et beaucoup plus lentement quelque chose de robuste : dès qu’il y a des paiements, des données personnelles ou une charge réelle, l’accompagnement d’un professionnel redevient utile. Et le coût glisse avec l’usage, l’abonnement grimpant vite quand le projet grossit. Pour valider une idée avant d’investir, en revanche, il n’a jamais existé d’outil aussi efficace.