Bientôt, un ingénieur coûterait 100 000 $ de tokens par an
Les IA ne facturent ni au mot ni au mois, mais au token. Voici ce que mesure cette unité, et ce qu'elle coûte pour un mail ou un contrat.

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La phrase vient de Jason Lemkin, patron de SaaStr, dans le compte rendu de son émission avec 20VC publié le 23 août. Elle tourne depuis dans les newsletters et sur LinkedIn.
Le chiffre est spectaculaire. Il est aussi incompréhensible pour qui ne sait pas ce qu’est un token, et c’est le cas de à peu près tout le monde en dehors des développeurs. Commençons par là.
Un token, c’est une pièce de Lego
Une IA ne lit pas des mots. Elle lit des morceaux de mots, appelés tokens. « Bonjour » en fait un seul, « anticonstitutionnellement » en fait cinq ou six.
L’image la plus juste est la boîte de Lego. Le modèle dispose d’un stock fini de pièces, quelques dizaines de milliers, et il construit avec ça n’importe quel mot, y compris un nom propre qu’il n’a jamais vu. Les briques les plus courantes sont grandes, un mot entier ; les cas rares se montent pièce par pièce.
La documentation d’OpenAI donne la règle de conversion : environ 4 caractères par token, soit 100 tokens pour 75 mots. Un paragraphe pèse à peu près 100 tokens.
Attention, cette règle vaut pour l’anglais. Sur trois paragraphes écrits en anglais puis traduits, buzznessinfo a compté 226 tokens d’un côté contre 300 de l’autre, soit 33 % de plus pour dire exactement la même chose. Aucun éditeur ne publie de chiffre par langue : c’est une mesure maison, sur un petit échantillon.
Le token est donc l’unité de découpage du texte, et un texte français en consomme davantage qu’un texte anglais.
Pourquoi on ne compte pas en mots
Le nom « Dupontaine » ne figure dans aucun dictionnaire. Un modèle l’écrit pourtant sans hésiter, en collant deux briques, « Dupont » et « aine ». C’est la trouvaille de trois chercheurs en 2015 : découper plus fin que le mot permet d’écrire n’importe quoi avec un stock de pièces fixe. Comme ce découpage change d’un modèle à l’autre, un prix au million de tokens ne se compare qu’à modèle égal.
Le même contrat, cinq additions différentes
La facturation ressemble à un compteur d’eau : on paie ce qui entre et ce qui sort. Voici la même tâche confiée à cinq modèles courants, faire lire un contrat de 20 pages (environ 14 600 tokens) et en tirer un résumé de 800 mots (environ 1 100 tokens), aux tarifs publics relevés le 23 août 2026.
Prix de la tâche, par modèle
- Gemini 3.7 Flash1,5 ct
- Claude Haiku 4.52 ct
- Mistral Medium 3.53 ct
- GPT-5.6-sol8 ct
- Claude Opus 510 ct
Le calcul : (14 600 × prix d'entrée + 1 100 × prix de sortie) ÷ 1 000 000, aux prix affichés au million de tokens.
Attention aux prix affichés. La grille d’Anthropic précise que ses modèles récents comptent environ 30 % de tokens en plus pour un texte identique. Et le tarif de Gemini 3.7 Flash double au 1er janvier 2027. Pour du travail de bureau, quelques documents par jour, l’addition tient de toute façon en centimes.
D’où sortent les 100 000 dollars
Anthropic chiffre l’usage réel de son outil de développement à environ 13 dollars par développeur et par jour actif, soit 150 à 250 dollars par mois. Loin des 100 000.
Le compte de Jason Lemkin décrit autre chose : dix agents lancés en parallèle qui tournent jour et nuit, sans pause et sans week-end. 10 agents × 27 $ par jour × 365 jours = 98 550 $. Chaque agent reste sous les 30 dollars par jour actif qu’Anthropic donne comme plafond pour 90 % de ses utilisateurs.
Le chiffre ne dit donc rien sur le prix du token, qui baisse plutôt qu’il ne monte. Il dit qu’un ingénieur en consommera trente à quarante fois plus qu’aujourd’hui, parce que les machines travaillent pendant qu’il dort. Dans la même émission, l’investisseur Rory O’Driscoll rappelle que tout ce raisonnement repose sur un pari non démontré, celui que la dépense en IA produit un résultat proportionnel.
La dépense explose quand la machine tourne seule en continu, beaucoup plus que quand un humain lui pose des questions.
Et l’abonnement à 20 euros, alors ?
Les quatre assistants grand public se tiennent dans un mouchoir de poche. Prix relevés sur les pages officielles des éditeurs le 23 août 2026.
Prix mensuel des abonnements grand public
- Mistral Le Chat Pro14,99 $ HT
- Google AI Pro19,99 $
- ChatGPT Plus20 $
- Claude Pro20 $
Ce que chacun donne en plus de la version gratuite : Mistral Le Chat Pro, plus de messages, codage à la journée, 30 $ de crédits API. Google AI Pro, Gemini avec quatre fois plus d’accès et 5 To de stockage. ChatGPT Plus, accès prioritaire, plus de messages, voix, images, fichiers. Claude Pro, plus d’usage que la version gratuite et Claude Code inclus, à 17 $ en annuel.
Pour un usage de bureau, ces 15 à 20 dollars représentent 10 à 100 fois le prix des tokens réellement consommés dans le mois. Ce que l’abonnement achète, c’est l’interface, l’application mobile, la mémoire des conversations et l’absence de facture à surveiller. Les tokens à la carte redeviennent intéressants le jour où un traitement tourne en boucle sur du volume, un import de catalogue ou une analyse de milliers de lignes.